La Liffoloise

Hommage aux menuisiers en sièges

La première fois que vous visitez le grenier d’une manufacture de sièges liffoloise, vous avez l’estomac noué devant ces centaines de carcasses de chaises qui ont été empilées les unes sur les autres au fil des ans. Vous avez devant vous le produit de milliers d’heures de travail de générations entières de menuisiers en siège. Le silence qui s’installe est teinté d’un profond respect pour cette transmission séculaire des savoir-faire, mais également d’un peu de nostalgie.

Le temps où Liffol revendiquait d’être la capitale du siège semble parfois un peu lointaine. Liffol-le-Grand est parsemé d’ateliers fermés, d’entrepôts vides et l’époque où plusieurs milliers de chaises étaient produites chaque jour est révolue. Un renouveau se dessine, et l’attribution d’une Indication Géographique en est le symbole le plus éclatant.

Cependant, si vous interrogez les menuisiers en siège sur ce que font leurs enfants, personne ne souhaitent qu’ils reprennent le flambeau.
Alors que leur intelligence s’exprime à travers leur corps souvent abîmé par le travail, très peu se sentent reconnus à leur juste valeur. C’est en leur honneur que j’ai conçu « La Liffoloise », et transmettre le témoin perdu de ces générations d’or.
Lorsque vous regardez une chaise, en particulier de style, vous avez devant vous un objet aux courbes élégantes et cohérentes entre elles. Cette présence, cette continuité des pièces les unes avec les autres donne l’impression que la chaise a toujours existé ainsi, comme un tout atemporel. Chacun sait qu’elle est le produit de l’œuvre humaine et pourtant le créateur semble s’être fait oublier tellement le geste et l’outil ne semblent pas avoir laissé leurs traces. C’est pourtant dans le vide, dans le creux, dans cette absence justement, que se révèle tout le travail du menuisier en siège.

J’ai voulu mettre en évidence la présence de l’artisan . Le travail du menuisier en sièges consiste essentiellement à enlever de la matière. Scie à ruban, râpe, guimbarde, gouges, ciseaux à bois et autres racloirs sont nos compagnons. C’est ce travail invisible, ce vide qu’il crée, que j’ai souhaité rendre visible avec un matériau transparent : de la résine époxy transparente de coulée.

J’ai choisi une chaise de style Louis XV, paroxysme de l’excellence et du goût français, que j’ai entièrement réalisée à la main, en respectant les savoir-faire ancestraux. Puis, j’ai repris chaque pièce de la chaise ainsi réalisée pour l’enfermer dans un volume de résine correspondant au volume initial dont elle a été tirée.
On parle ainsi du « volume capable », un volume qui contient en lui la possibilité d’une pièce qui ne se réalise qu’à travers les mains du menuisier. Une fois toutes réassemblées, la chaise Louis XV se redessine dans des volumes cristallisés qui rendent hommage au possible.

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